Pensée des sciences 2010

Séminaire « Pensée des sciences » 2009-2010

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Oronce Finé mesurant le méridien radical de Paris
1543 (ms BnF)

Le séminaire se tient généralement les 2ème et 4ème Mercredis du mois


13 Janvier 2010 (Salle Cavaillès)/20 Heures

Pierre CARTIER
CNRS-Jussieu et Institut des Hautes Études Scientifiques

LES DIVERSES INCARNATIONS DE LA THÉORIE DE GALOIS

RESUMÉ : Galois avait l’ambition de développer une théorie de l’AMBIGÜITÉ. Il décrivait par ce terme la possibilité de substituer à une "essence" (mathématique, ou physique,...) une autre qui en soit indistinguable, au moins sous certains aspects. Il n’a développé lui-même que la théorie des équations algébriques. Nous voudrions surtout retracer l’imprégnation progressive de la géométrie, avec les étapes de Riemann, S. Lie, F. Klein, Picard et Vessiot, jusqu’à l’époque moderne. La forme actuelle tourne autour des groupoïdes, de la théorie de Galois des équations différentielles, et du calcul des variations. On terminera par l’évocation d’un mythique "groupe de Galois cosmique", qui serait un acteur agissant au niveau de la physique fondamentale.


10 Février 2010 (Salle Cavaillès)/20 Heures

Andrea CAVAZZINI
Université de Venise

LA TRADUCTIBILITÉ FRANCO-ITALIENNE EN PHILOSOPHIE DES SCIENCES

RÉSUMÉ : L’histoire des rencontres entre l’épistémologie « française » (qui est associée aux noms de G. Bachelard, G. Canguilhem, J. Cavaillès, A. Lautman...) et la culture philosophique italienne est une histoire de rencontres manquées. L’épistémologie dite « française » a travaillé sur les dynamismes internes de la pensée scientifique, sur ses zones d’ambiguïté et d’indétermination qui peuvent, d’une part, faire allusion à des développements imprévisibles des concepts et des théories par-delà tout critère de rigueur surimposé, et, d’autre part, fonctionner comme les symptômes des interférences entre les montages conceptuels des sciences et ce qui reste extérieur à celles-ci. De son côté, la philosophie italienne, au moins depuis Vico, a été le site d’une réflexion très riche sur les enjeux de la notion d’historicité, dont les corollaires principaux sont respectivement l’idée de mobilité comme caractère essentiel de l’étant, et la notion de tradition/transmission - qui peut aussi bien impliquer celle de traduction - en tant que geste décisif de la production de pensée. De toute évidence, ces deux styles philosophiques auraient pu entamer une exploration commune de la rationalité scientifique en tant que lieu d’une production de pensée par variation et transformation des concepts et des théories, ou encore comme site d’une traduction-démarcation incessante entre les discours scientifiques et non-scientifiques. Cependant, la philosophie des Bachelard, Cavaillès, etc., comme celle de leurs prédécesseurs tels que L. Brunschvicg ou A. Comte, ne connaîtra qu’une réception épisodique et parfois « de surface » au sein de la culture italienne, dont la confrontation aux enjeux philosophiques des sciences se fera principalement, après la seconde guerre mondiale, par le biais du positivisme logique. L’attitude néo-positiviste était censée fournir ces garanties de rigueur intellectuelle qui avaient fait défaut au néo-idéalisme tardif de l’époque fasciste, et sur lesquelles l’épistémologie « française », avec son ouverture au non-rigoureux et à l’imprévisible insistait beaucoup moins que le Cercle de Vienne. Ce blocage dans la communication aura considérablement appauvri les deux traditions de pensée, surtout l’italienne, qui finira par se diviser entre le dogmatisme stérile de la philosophie analytique et le refus de tout rapport véritable de la philosophie à la pensée des sciences. Mais on peut avancer l’hypothèse qu’une confrontation avec une approche « historiciste » non-banale aurait pu aider la postérité de l’épistémologie « française » à éviter la réduction à une simple histoire érudite des sciences, laissant tout enjeu conceptuel au camp des logiciens et des analystes du langage. Mais ce qui importe le plus est la lumière différente qu’une telle confrontation entre le dynamisme rationnel et l’historicité aurait pu jeter sur la généalogie, la nature et les effets du processus que Husserl baptisa « Crise des sciences européennes ». Des épisodes faisant allusion à la possibilité de cette confrontation, qui reste pourtant à entamer, ont bien eu lieu dans l’histoire de la réflexion épistémologique italienne. Cet exposé vise à faire état de certaines émergences, des années 30 à aujourd’hui, de cette possibilité - du « positivisme dialectique » de Ludovico Geymonat à la réécriture de l’archéologie du savoir par Enzo Melandri, en passant par les appropriations récentes que le nom de « Louis Althusser » a impulsées. On a néanmoins encore affaire à des émergences marginales par rapport au mainstream de la culture philosophique italienne, mais qui n’en révèlent pas moins, par leur insistance, un nœud problématique dont le traitement demeure urgent.

Andrea CAVAZZINI.

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